Un homme d’affaires à la tête de l’Environnement
Le député de Trois-Rivières, Jean Pellerin, salue de la main lors de sa prestation de serment à l’Assemblée nationale, à Québec, le jeudi 15 octobre 2026. M. Pellerin a défait l’ancienne première ministre du Québec, Christine Fréchette, lors des élections provinciales. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Paul St-Pierre Plamondon a jeté son dévolu sur Jean Pellerin, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie de Trois-Rivières, pour diriger le ministère de l’Environnement.
Lors de l’assermentation de son nouveau ministre, mercredi, Paul St-Pierre Plamondon a demandé à Jean Pellerin de «faire de la lutte aux changements climatiques une réelle priorité qui est mesurée» et «structurée», ainsi que d’atteindre «nos cibles de décarbonation, mais aussi d’atteindre des cibles de protection de la biodiversité».
Le député trifluvien aura également pour mandat d’aider les Québécois à «surmonter la polarisation autour des questions environnementales», car, a indiqué Paul St-Pierre Plamondon, «nous croyons que c’est possible que les choix environnementaux des Québécois puissent enrichir notre société».
Le ministère de l’Environnement s’appellera dorénavant «ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Protection de la biodiversité, de la Faune et des Parcs».
Le mandat que lui confie le premier ministre «de protéger le vivant et l’ajout de la protection de la biodiversité dans le titre du ministère donnent espoir que l’environnement sera au cœur des priorités gouvernementales», a réagi Alain Branchaud, directeur général de SNAP Québec.
Plus de 40 ans dans le milieu des affaires
Avant d’être élu député de Trois-Rivières en battant l’ex-première ministre Christine Fréchette, le nouveau ministre de l’Environnement était directeur régional d’une agence de courtage pour le territoire du Sud-Est du Québec et de la Mauricie.
Diplômé d’un baccalauréat en administration, Jean Pellerin cumule plus de 40 ans de carrière en gestion des affaires, selon sa biographie sur le site du Parti québécois.
Le directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, Marc-André Viau, a souhaité la bienvenue au nouveau ministre de l’Environnement en soulignant que son «expertise en gestion devrait permettre au gouvernement de gérer plus adéquatement les fonds disponibles pour l’adaptation et la lutte aux changements climatiques, pour qu’ils servent à ce à quoi ils doivent servir, contrairement à ce qu’on a vu avec le gouvernement précédent qui a détourné ces fonds pour réduire le déficit».
M. Viau a également souligné que «ses expériences, au croisement du milieu des affaires et des organismes de la société civile, ainsi que son implication dans des secteurs comme la santé et l’alimentation, sont une occasion en or de mobiliser les Québécois et les Québécoises aux horizons divers envers l’action climatique» et la protection de l’environnement.
Plusieurs chantiers en vue
Voici des exemples de chantiers importants qui touchent l’environnement et sur lesquels devront se pencher le ministre trifluvien ainsi que ses collègues, dans les prochains mois.
Stratégie sur la pollution atmosphérique
En février 2026, avant la campagne électorale, le Parti québécois avait déposé un projet de loi pour mieux protéger la population contre la pollution atmosphérique.
Ce projet de loi, mort au feuilleton, recommandait notamment d’augmenter et de moderniser le réseau de capteurs de qualité de l’air dans la province et d’intégrer des coûts sanitaires dans l’évaluation des projets polluants.
Lors de la campagne électorale, le PQ a annoncé qu’il adoptera une «Stratégie nationale sur la qualité de l’air».
Électrification des transports
Le PQ a promis de maintenir la norme d’électrification des véhicules pour atteindre 85 % des ventes de véhicules neufs zéro émission (VZE) d’ici 2034 et s’est engagé à accélérer le déploiement de bornes de recharge rapide sur les grands axes et dans les quartiers résidentiels.
Miser sur les thermopompes
Le Parti québécois s’est engagé, en campagne, à accélérer l’adoption de thermopompes pour le chauffage résidentiel par des incitatifs financiers et fiscaux.
Le PQ a aussi promis de simplifier l’accès aux programmes de rénovation écoénergétiques grâce à un guichet unique adapté aux réalités régionales.
Passe mensuelle
En campagne, le PQ avait proposé de mettre en place une passe universelle pour le transport en commun au coût mensuel de 95 $.
Cette passe pourrait être utilisée dans toutes les sociétés de transport sur le territoire québécois.
Au total, jusqu’à 2,5 millions de personnes pourraient, selon le plan du PQ, profiter de la mesure qui augmenterait le nombre d’usagers réguliers du transport collectif.
Infrastructures d’eau
Le PQ a aussi promis de donner aux municipalités les moyens d’entretenir durablement les infrastructures d’eau. Le déficit de maintien d’actifs des infrastructures en eau au Québec est estimé à plus de 40 milliards $.
Gaz de schiste
Le chef du PQ avait indiqué, pendant la campagne, avoir commandé son propre sondage sur le gaz de schiste et avait expliqué que l’appui populaire baissait quand les gens étaient consultés sur des projets près de chez eux.
Lors d’une conférence de presse le 19 septembre, Paul St-Pierre Plamondon avait expliqué que la pollution de l’eau, la qualité de vie et les conséquences à long terme de puits mal fermés expliquaient l’absence d’acceptabilité sociale dans ce dossier.
Des positions qui inquiètent
Le parti souverainiste a également pris quelques positions qui ont soulevé de l’inquiétude dans les mouvements écologistes. Voici des exemples de positions en environnement qui pourraient diviser l’opinion publique.
Respecter l’entente conclue avec Glencore
Concernant les émissions d’arsenic de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda, le PQ ne forcerait pas Glencore à réduire plus rapidement ses émissions.
Paul St-Pierre Plamondon avait expliqué, lors d’un passage en Abitibi, qu’il ne voulait pas «tout déchirer» l’entente de Glencore avec l’ancien gouvernement et provoquer de l’instabilité dans la région. Il a toutefois promis un «suivi serré» des cibles déjà fixées.
En vertu de l’autorisation ministérielle signée en 2023, la fonderie devait atteindre une cible de 45 ng/m3 en 2024 et de 15 ng/m3 d’arsenic à partir de la fin de 2027.
En juin dernier, le gouvernement caquiste a légiféré afin de repousser cette échéance d’environ deux ans, soit à 2029-2030.
La norme annuelle fixée par le Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère est pourtant de 3 ng/m3.
Depuis 2022, la fonderie a fait passer les émissions d’arsenic de 73 à 40,9 ng/m3.
Puiser dans le Fonds vert pour baisser le prix de l’essence
En campagne électorale, le Parti québécois a promis de recentrer le Fonds d’électrification et de changements climatiques (l’ancien Fonds vert) sur «ce qui donne de vrais résultats», comme «l’électrification des moyens de transport et de chauffage».
Toutefois, l’équipe de Paul St-Pierre Plamondon compte rembourser la taxe sur l’essence à même le Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC).
Cette mesure, estimée à 450 millions $ par année, permettrait de redistribuer 125 $ par année aux Québécois qui gagnent moins de 40 000 $ annuellement.
Le FECC est financé par le marché du carbone.
Questionné, lors de la campagne électorale, à savoir si le financement de mesures qui réduiraient le prix à la pompe n’allait pas dénaturer l’objectif du marché du carbone, qui est de réduire les gaz à effet de serre, le nouveau ministre des Finances, Nicolas Marceau, avait répondu «non».
M. Marceau avait fait valoir que cette mesure ferait en sorte que «le prix de l’essence reste le même» et que le gouvernement ne ferait qu’offrir «un soulagement» aux familles.
Non au TGV
En juin dernier, M. St-Pierre Plamondon avait annoncé qu’un gouvernement péquiste retirerait le Québec du projet de TGV.
Il avait indiqué qu’il demanderait au fédéral que les sommes devant représenter la part de la province dans le projet lui soient versées sans condition pour l’investir dans d’autres projets d’infrastructures.
Non à TES Canada
Paul St-Pierre Plamondon a réitéré son opposition au Projet Mauricie de TES Canada pendant la campagne, un projet d’usine d’hydrogène qui s’alimenterait avec ses propres parcs éoliens privés dans la région. Le chef du PQ avait expliqué son opposition par l’absence, selon lui, d’acceptabilité sociale.