«Tapettes», «gros lard», «bons à rien»: un col bleu congédié à La Tuque

La Presse Canadienne | 12 juin 2026 | 16:36
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Par Gabriel Delisle, Initiative de journalisme local, Le Nouvelliste

Et lorsque le ton montait encore plus, le col bleu évoquait des «cassages de jambes» et, comme à l’école primaire, la possibilité de régler le cas de collègues au «rack à bicycles».

Ces exemples «d’agressivité verbale répétée» ont été cités dans un jugement rendu le 1er juin dernier par le Tribunal d’arbitrage du Québec. L’arbitre Alain Cléroux devait évaluer si le congédiement de Jacques Guay par la Ville de La Tuque, contesté par le Syndicat démocratique des employés municipaux de Ville La Tuque (CSD), était justifié.

L’arbitre a déterminé que le conducteur de machinerie avait bien commis du harcèlement psychologique envers ses collègues. Et bien qu’il estime qu’il s’agit d’une sanction sévère, le Tribunal a confirmé le congédiement du travailleur.

«Des témoins qualifient les propos du plaignant de bitchage contre les uns et les autres, d’insatisfaction chronique, de “pétages de coche pour une niaiserie ou pour un mauvais outil”», peut-on lire dans le jugement.

«Des témoins ont affirmé que l’intensité et le volume augmentaient en après-midi après que le plaignant ait consommé des boissons énergisantes.»

«Un régime de terreur»

La Ville de La Tuque justifiait le congédiement par «la tenue de propos dénigrants» et l’utilisation d’un «langage ordurier et dégradant». Les cris et blasphèmes créent un climat de travail toxique, a aussi mentionné la Ville, qui alimente «la peur et la crainte de représailles corporelles».

Au cours de l’enquête, de même que devant le Tribunal, plusieurs collègues ont soutenu que Jacques Guay évoquait des «cassages de jambes» et disait vouloir régler le tout au «rack à bicycles».

L’arbitre a jugé que la peur et les craintes soulevées par les collègues de travail de Jacques Guay étaient bien «réels».

«Il faut beaucoup de courage pour surmonter la peur et la crainte même subjective. Certains témoins ont démontré des signes de grande nervosité lors de leur témoignage, d’autres ont pleuré. Le Tribunal doit en tenir compte», estime l’arbitre Alain Cléroux.

«Le Tribunal considère que la preuve administrée démontre la commission de harcèlement psychologique et que c’est une faute grave.»

«Jamais tué personne» et juste une «joke»

Le jugement du Tribunal d’arbitrage rapporte que Jacques Guay s’est défendu en disant qu’il n’a «jamais tué personne» ou encore «dénigré» un collègue. Qualifier son partenaire de travail de «plante verte» était une «joke», s’est aussi justifié Jacques Guay.

«J’ai dit qu’ils n’avaient pas les compétences, c’est pas pareil», a-t-il répondu, comme on peut le lire dans le jugement de 42 pages. «J’ai dit que si j’avais quelque chose à régler, je le réglais au rack à bicycles, mais j’ai jamais invité personne au rack à bicycles.

Dans la lettre de congédiement envoyée à Jacques Guay, la Ville de La Tuque lui reproche une «absence totale d’introspection», un «profond manque de considération» pour ses collègues et une «incapacité à comprendre les conséquences nuisibles» de ses gestes.

«Vous avez admis avoir dit ouvertement que vous réglez vos problèmes au “rack à bicycles”, tout en vous félicitant de ne jamais y avoir invité quiconque à titre personnel. Votre témoignage est l’antonyme de la crédibilité et vos tentatives désespérées de justifier l’indéfendable sont peu convaincantes», a écrit la Ville de La Tuque dans la lettre de congédiement de Jacques Guay.

Par Gabriel Delisle, Initiative de journalisme local, Le Nouvelliste