Québec retarde la publication des nouvelles cartes des zones à risque d’inondation
Des commerces sont inondés le long de la route 173 à Beauceville, au Québec, le lundi 17 mars 2025. (LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot) La Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) reproche au ministère de l’Environnement de ne pas permettre la publication de nouvelles cartes de zones inondables le 1er août, comme il était prévu, ce qui cause de l’incertitude et des soucis aux citoyens qui ignorent s’ils se trouvent en zone inondable.
Depuis plusieurs années, la CMM, qui regroupe la majorité de la population du Québec, travaille à moderniser les cartes de zones inondables sur son territoire, selon le nouveau cadre réglementaire établi par Québec.
Le premier lot de cartes qui couvre les secteurs aux abords de la rivière des Mille Îles, de la rivière des Prairies, du lac des Deux Montagnes, du lac Saint-Louis, du fleuve Saint-Laurent, de la rivière Saint-Régis et de la rivière Saint-Pierre devait être publié le 1er août, mais le ministère de l’Environnement a retardé cette publication.
«On est déçu, on travaille là-dessus depuis 2019 et c’est un dossier qui ne se termine pas», s’est plaint Denis Martin, maire de la Ville de Deux-Montagnes et membre du comité exécutif de la CMM.
«Le gouvernement nous a donné, à la CMM, le mandat de préparer une cartographie, qui est prête depuis un bout de temps» et ces «nouvelles cartes avaient été prépubliées en 2024 et là, on devait officialiser le tout» samedi, a ajouté le maire de Deux-Montagnes en entrevue.
Dans un échange de courriels avec La Presse Canadienne, le bureau de la ministre de l’Environnement, Pascale Déry, a indiqué que l’adoption des nouvelles cartographies est un «exercice qui demeure sensible», qu’il «reste encore certaines choses à ficeler» et que «ce report ne remet aucunement en question les objectifs poursuivis».
Le bureau de la ministre n’a toutefois pas indiqué s’il entendait régler ce dossier avant les élections au mois d’octobre.
Une nouvelle cartographie qui était prévue au printemps 2026
En 2024, le ministre de l’Environnement de l’époque, Benoit Charette, expliquait qu’une nouvelle cartographie des zones inondables était nécessaire en raison, notamment, de l’ampleur des changements climatiques.
Au fur et à mesure qu’elles seraient approuvées par le ministère de l’Environnement, les cartes devaient être publiées sur le portail du gouvernement à partir de mars 2026.
Mais actuellement, ce sont encore les anciennes cartes, désuètes, qui sont sur le portail.
«Si vous allez sur le site du gouvernement du Québec, il y a des cartes, mais elles sont loin d’êtres précises» et ces cartes causent «des problèmes» aux municipalités parce que les citoyens veulent savoir à quel niveau de risque d’inondation ils sont exposés, a expliqué le maire de Deux-Montagnes.
Une publication avant les élections?
«On avait l’espoir que ça se règle avant les élections pour que ce soit ce gouvernement-là qui poursuive le dossier, parce que s’il y a un nouveau gouvernement, il devra prendre du temps pour connaître le dossier et il y a un risque qu’il y ait encore plus de retard», s’est inquiété Denis Martin.
Traditionnellement, la cartographie des zones inondables présente des cotes de récurrence de «0-20 ans» et de «20-100 ans», alors que la nouvelle génération de cartes doit proposer une classification avec cinq catégories de risque: faible, modéré, élevé, très élevé et protégé à risque résiduel.
Chaque risque est associé à une couleur.
La «zone protégée à risque résiduel» concerne les zones situées derrière des ouvrages de protection (OPI).
Un quartier peut donc passer d’une «zone à risque élevé» d’être inondé, à une «zone à risque résiduel» si l’OPI répond aux normes du gouvernement.
Or, 11 municipalités situées dans les secteurs couverts par le premier lot de cartes qui devait être publié ont, sur leur territoire, des ouvrages de protection contre les inondations (OPI) et disposent de 24 mois pour les faire reconnaître, selon la CMM.
La CMM fait valoir que le report de la publication de la cartographie de nouvelle génération aurait pour effet de «retarder les études et les interventions nécessaires à l’obtention de cette reconnaissance».
«On a fait des digues avec des ouvrages de protection et des bassins de rétention pour protéger les gens. Ces installations ont fait leurs preuves» et «leurs plans et devis ont été approuvés par les gouvernements», mais «on tarde à reconnaître officiellement ces ouvrages».
Pour les citoyens qui vivent dans ces zones, «ça change beaucoup la donne», car changer de classification de risque peut avoir une incidence sur «la valeur des propriétés, l’assurance et le prix d’hypothèque», a indiqué le maire de Deux-Montagnes.