Projet de GNL de Marinvest : Un partenariat qui soulève des questions

La Presse Canadienne | 21 août 2026 | 12:44
Marinvest Energy Canada travaille sur un mégaprojet de GNL qui s’implanterait à Baie-Comeau. Photo tirée du site Web de Marinvest Energy

Par Roseline Pelletier, Initiative de journalisme local

À la suite de l’annonce du projet de gaz naturel liquéfié Kino Aski GNL, qui prévoit un terminal d’exportation entre Baie-Comeau et l’Europe, Greenpeace Canada remet en question la façon dont le partenariat entre la Nation atikamekw et l’entreprise norvégienne Marinvest Energy est présenté au public.

La Nation atikamekw a publié un communiqué dans lequel elle confirme que Marinvest Énergy agit à titre de partenaire minoritaire et apporte son expertise internationale au projet Kino Aski GNL.

Natasha Kanapé Fontaine a déclaré par Facebook : « Constant Awashish, le chef de la Nation atikamekw, était un modèle pour moi. Je suis très émotive et déçue devant sa décision. »

Le responsable de la campagne Climat-Énergie de Greenpeace Canada, Louis Couillard, se questionne sur la place accordée à la Nation atikamekw dans le projet.

« Selon ma compréhension de la situation, ce n’est pas très clair si le territoire des Atikamekw se retrouve ou non sur les tracés de pipelines étudiés », déclare-t-il en entrevue avec le Journal.

Celui-ci invite l’ensemble des communautés autochtones qui seront consultées par Marinvest Energy à réfléchir aux véritables motivations derrière l’offre qui pourrait leur être présentée. « Est-ce qu’ils ont réellement le désir de diversifier votre économie, ou est-ce qu’ils ont simplement besoin de votre accord pour aller de l’avant ? »

Louis Couillard et Natasha Kanapé Fontaine estiment tous deux que le projet de gaz naturel liquéfié de Marinvest Energy pourrait progresser plus rapidement que prévu, à la suite de l’annonce de cette nouvelle forme d’alliance.

« Une coalition de Premières Nations »

De son côté, le directeur du développement industriel chez Innovation et Développement Manicouagan, Guy Simard, soutient : « On avait compris que l’entreprise proposait un projet de corridor énergétique, en précisant vouloir faire ce projet avec les Premières Nations. »

Selon lui, l’objectif de l’entreprise était d’impliquer les communautés autochtones dans le développement du projet, à l’image d’autres initiatives énergétiques qui prévoient une participation des Premières Nations.

Le site officiel de Kino Aski GNL précise d’ailleurs que le projet « repose sur le principe que le développement économique doit être réalisé avec et par les Premières Nations ».

On y indique aussi que sa structure de gouvernance doit permettre aux communautés autochtones de participer aux décisions importantes et de bénéficier d’occasions économiques à long terme.

« Depuis quelque temps, l’entreprise discute avec toutes les communautés. Ce que j’ai compris aujourd’hui, avec l’annonce, c’est qu’il y a une emphase avec la communauté Atikamekw », affirme Guy Simard.

Selon cette compréhension du projet, les Premières Nations concernées au Québec seraient donc invitées à participer à une forme de coalition qui contribuerait à sa gouvernance.

Une interprétation qui ne convainc toutefois pas complètement Louis Couillard, qui estime que cette présentation risque de gommer les distinctions entre les différentes nations et communautés concernées.

« Les Premières Nations, ce n’est pas un bloc monolithique. Il y en a 11 nations au Québec. Ce projet-là, il traverse le territoire de quatre nations », souligne-t-il, évoquant plus d’une vingtaine de communautés qui pourraient être concernées.

Guy Simard termine en précisant que le processus visant à réunir et à impliquer les Premières Nations aurait lieu avant le dépôt officiel du projet par Marinvest Energy.

Il demeure impossible de déterminer pour l’instant à quel moment l’entreprise déposera son projet, ou même si elle ira de l’avant avec celui-ci.

Nation innue

Sur la Côte-Nord, c’est la Nation innue qui serait la plus directement touchée par les infrastructures projetées, selon Louis Couillard. « Le pipeline traverse le Nitassinan de la Nation innue », rappelle M. Couillard.

La communauté de Pessamit ne s’est pas prononcée en faveur du projet jusqu’à présent.

« Une bombe climatique » 

Louis Couillard et Natasha Kanapé Fontaine continuent de soutenir leur point de vue concernant les impacts environnementaux de la réalisation dudit projet. 

« Un projet comme celui-ci va modifier la faune et la flore et va changer les habitudes de nos ainés », dit Mme Kanapé Fontaine.