Steven Guilbeault confirme sa démission cet été

La Presse Canadienne | 28 mai 2026 | 06:49
LA PRESSE CANADIENNE/Spencer Colby

L’ex-ministre et député libéral Steven Guilbeault a confirmé mercredi qu’il tirerait sa révérence de la politique fédérale plus tard cet été.  

Le député de Laurier–Sainte-Marie a annoncé sa démission à ses collègues réunis en caucus mercredi matin. Il a précisé qu’il resterait au sein du caucus d’ici sa démission.

«Après sept ans, il est temps pour moi de passer à autre chose. Sept années absolument extraordinaires, pleines de défis et de rebondissements. Et ça a été vraiment un honneur et un privilège de servir ma communauté et le pays», a-t-il dit aux journalistes à sa sortie de la réunion du caucus national.  

Dans une déclaration partagée en fin de matinée sur la plateforme X, M. Guilbeault a indiqué qu’il était maintenant temps pour lui de «poursuivre (son) combat pour la protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques autrement». 

«Partout dans le monde, nous avons démontré ce que nous pouvons accomplir avec de l’ambition et de la détermination, a-t-il soutenu. C’est avec cette même conviction que je souhaite poursuivre cette lutte pour les générations qui hériteront de notre précieuse et unique planète bleue.»

Le député libéral, un environnementaliste de la première heure, avait déjà fait part de son malaise quant aux politiques du gouvernement Carney. Il avait d’ailleurs claqué la porte du cabinet, l’an dernier, après l’annonce de l’accord énergétique conclu entre Ottawa et l’Alberta, qui comprend un engagement un engagement à œuvrer en faveur de l’approbation d’un pipeline de bitume.

Dans une entrevue avec Radio-Canada diffusée mercredi matin, l’ex-ministre a reconnu qu’il n’avait eu «que peu ou pas d’impact» sur les décisions environnementales du premier ministre Mark Carney, signalant qu’il avait effectué un recul «très, très, très important».

À la Chambre des communes, mercredi en fin de journée, M. Guilbeault a déclaré qu’il était maintenant temps pour lui «de trouver de nouvelles tribunes pour poursuivre le travail de ma vie». 

«Je comprends bien sa décision»

Plus tôt dans la journée, M. Carney avait réagi à la nouvelle, remerciant M. Guilbeault pour sa contribution au gouvernement. 

«Mais c’est la vie, a lâché M. Carney en point de presse. Je comprends bien sa décision.»

M. Carney a indiqué avoir eu des discussions avec celui qui était perçu comme la caution écologique des libéraux, alors que ce dernier ne se gênait pas ces derniers mois pour critiquer l’action libérale en matière d’environnement. Le premier ministre a dit savoir depuis quelques mois que le départ de M. Guilbeault était «une possibilité». 

Selon le premier ministre, il n’y a pas d’enjeu d’unité au sein des troupes libérales.

«Caucus is strong (le caucus est solide)», a lancé M. Carney à son arrivée au parlement, mercredi matin, en réponse à un journaliste qui lui demandait s’il y a de la division dans l’équipe – une équipe dont la majorité est extrêmement mince.

L’annonce de M. Guilbeault a été l’occasion pour les partis d’opposition de s’attaquer au bilan du gouvernement Carney en matière d’environnement. 

D’après le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, «on en arrive au constat que le Canada est un pays pétrolier». 

«De renonciations en reculs, le gouvernement et le premier ministre ont fait fuir, ils ont littéralement montré la porte à un porte-parole hautement crédible en matière d’environnement. Cette fois, est-ce que le gouvernement comprend qu’en matière de trahison climatique, il est allé beaucoup trop loin?», a lancé M. Blanchet durant la période de questions à la Chambre des communes. 

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Avi Lewis, y voit également «un autre signal très clair que le gouvernement de Mark Carney a abandonné tout le projet d’action climatique». 

À l’inverse, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, estime que M. Guilbeault «a réussi à imposer son idéologie anti-développement, qui reste en place aujourd’hui», citant notamment la tarification du carbone pour les industries. 

«M. Carney continue avec le patrimoine de M. Guilbeault et de M. (Justin) Trudeau. Et malheureusement, nous payons le prix avec une faible économie, avec une économie trop dépendante sur les Américains, avec le manque d’emplois», a soutenu M. Poilievre devant les journalistes. 

Équiterre a tenu à féliciter son cofondateur «pour le respect de ses principes».

«La décision de Steven Guilbeault est la conclusion logique à une série d’annonces du gouvernement fédéral pour démanteler les protections environnementales et miser sur les énergies fossiles comme voie de salut économique», a commenté l’organisation environnementale dans un communiqué. 

M. Guilbeault a cofondé Équiterre en 1993 et en a été le directeur principal de 2007 à 2018.

Hommages des collègues

Dans les couloirs du parlement, les élus libéraux n’avaient que de bons mots pour leur collègue.

Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a parlé d’«un ami, un collègue d’exception, (…) avec qui tout le monde a apprécié de travailler».

Et le député québécois Jean-Yves Duclos a dit avoir un «grand sentiment de gratitude» face à un homme qui «nous a fait avancer très loin et plutôt rapidement au cours des dernières années» au chapitre de l’environnement.

À travers les mots doux, la réalité politique. Le lieutenant de Mark Carney pour le Québec, Joël Lightbound, a expliqué que le gouvernement et M. Guilbeault ne partagent pas «la même vision» de la situation.

«Moi, je pense que, au contraire, le gouvernement est résolument engagé vis-à-vis du climat, vis-à-vis de l’environnement. Seulement, on a une approche qui est très pragmatique. Pour arriver à des résultats, il faut du buy-in (de l’adhésion).»

Le caucus, lui, est semble-t-il «très uni», a-t-il déclaré.

Et le leader du gouvernement dans la Chambre des communes, Steven MacKinnon, a affirmé qu’il «n’anticipe pas» d’autres démissions.

D’autres insatisfaits?

Or, il y a des insatisfaits dans les rangs libéraux au chapitre de l’environnement. Questionné quant à une lettre qu’aurait signée une quinzaine d’entre eux, M. Carney a rétorqué lundi qu’il y a «160 autres députés» dans le caucus.

La députée ontarienne Karina Gould, réputée pour être dans le clan progressiste, après avoir louangé les «convictions fortes» et les «valeurs intactes» de M. Guilbeault, a soupiré en souriant lorsque questionnée à savoir si elle était une des signataires.

Et alors que les libéraux tomberont à 173 députés avec le départ de M. Guilbeault – alors que la majorité est à 172 –, un autre élu ontarien, Yvan Baker, a évité de dire s’il craint que la manière de diriger des libéraux leur coûte leur majorité.

Le député de la Rive-Sud de Montréal, Jacques Ramsay, a quant à lui affirmé qu’«il n’y a pas de concessions» sur l’écologie, et que seules les «stratégies» changent.

Sa collègue de la couronne nord, Madeleine Chenette, a déclaré dans la même veine que «la façon de faire a évolué». Elle a plutôt blâmé du bout des lèvres la capacité «à bien communiquer» des libéraux.