Steven Guilbeault annoncera mercredi sa démission de son poste de député

La Presse Canadienne | 27 mai 2026 | 06:20
Steven Guilbault. Photo Michel Scarpino - Monlatuque.com

L’ancien ministre Steven Guilbeault s’apprêterait à démissionner de son poste de député, ont indiqué des sources à La Presse Canadienne. M. Guilbeault devrait en informer le caucus libéral mercredi.

M. Guilbeault s’est montré de plus en plus déçu ces derniers mois par les reculs enregistrés en matière de politique climatique sous le premier ministre Mark Carney.

Il a démissionné du Cabinet l’année dernière après la divulgation de l’accord énergétique conclu entre Ottawa et l’Alberta. En novembre 2025, M. Carney et la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, ont signé un protocole d’entente visant à obtenir l’approbation d’un pipeline de bitume destiné à transporter un million de barils ou plus par jour de l’Alberta vers les marchés asiatiques via un port de la côte de la Colombie-Britannique.

Depuis lors, M. Guilbeault a critiqué à plusieurs reprises l’approche de son propre gouvernement en matière de politiques climatiques.

Les libéraux disposent actuellement d’une faible majorité, avec 174 sièges à la Chambre des communes.

Le député Jonathan Wilkinson, un autre ancien ministre de l’Environnement, s’apprête à quitter ses fonctions pour devenir le prochain ambassadeur du Canada auprès de l’Union européenne.

Dans une lettre ouverte adressée à ses électeurs le mois dernier, M. Wilkinson a précisé qu’il quitterait son siège «dans les mois à venir». Il a indiqué à La Presse Canadienne qu’il prendrait «probablement» ses fonctions début juillet.

CBC a rapporté la semaine dernière que 14 députés libéraux avaient adressé une lettre au premier ministre fin avril pour lui faire part de leurs inquiétudes concernant l’accord prévu par le gouvernement avec l’Alberta. 

Lors d’une annonce sur le logement lundi, M. Carney a fait valoir que, dans un caucus sain, il y a toujours un échange de points de vue et de suggestions. 

«Il y a 160 autres membres de ce caucus, a-t-il rappelé. Nous devons prendre des décisions qui sont dans l’intérêt du pays.»

Le député bloquiste Patrick Bonin, qui a auparavant travaillé à Greenpeace, a affirmé que la «trahison climatique du premier ministre va lui coûter le député de Laurier-Sainte-Marie».

«Pourtant, il y a encore une quinzaine de libéraux qui pensent que ce premier ministre se soucie de l’environnement. Ils ont écrit une petite lettre, le premier ministre a répondu dans les médias, il a dit clairement, il y a 160 autres députés dans ce caucus», a-t-il avancé lors de la période de questions.

Une implication saluée

En réaction aux informations parues dans les médias selon lesquelles Steven Guilbeault serait sur le point de démissionner, les ministres fédérales Lena Diab et Marjorie Michel ont couvert d’éloges l’ancien ministre de l’Environnement.

Les ministres, qui tenaient un point de presse sur la colline du Parlement au sujet de l’épidémie d’Ebola en Afrique, ont été questionnées sur les informations selon lesquelles M. Guilbeault démissionnerait de son poste de député mercredi.

«Je ne suis pas au courant qu’il est parti, pour moi, c’est encore mon collègue, mais il a été un collègue formidable», a souligné Mme Michel.

«Moi, je suis toujours très respectueuse des choix des personnes (…) puis, si c’est trop lourd pour lui, qu’il a pris sa décision, je la respecte», a-t-elle ajouté.

Mme Diab a soutenu que M. Guilbeault était un excellent ministre et député.

M. Guilbeault représente la circonscription montréalaise de Laurier—Sainte-Marie depuis 2019.

Le directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, organisme dont Steven Guilbeault a été l’un des fondateurs lors de sa précédente carrière, a aussi réagi aux rumeurs de départ.

«Comme le disait le premier ministre Carney à Davos, si on n’est pas à la table, on est au menu. Steven Guilbeault semble avoir fait le constat que l’environnement n’est pas à la table du cabinet ministériel ou du caucus libéral», a indiqué par courriel Marc-André Viau.

«Les politiques du gouvernement fédéral ne pouvaient donc que mener à cette conclusion logique», a-t-il ajouté.

Militant depuis l’enfance

M. Guilbeault a souvent raconté que son militantisme avait commencé à l’âge de cinq ans, lorsqu’il avait grimpé dans un arbre pour tenter d’empêcher des promoteurs immobiliers de déboiser la forêt près de chez lui, à La Tuque, en Mauricie.

En 1993, il a cofondé Équiterre et a contribué à en faire la plus grande organisation environnementale du Québec. Il en a été le directeur principal de 2007 à 2018.

Avant de se lancer en politique, il a également travaillé pour Greenpeace, Deloitte et Copticom.

M. Guilbeault était l’un des deux militants de Greenpeace arrêtés en 2001 pour avoir escaladé la Tour CN à Toronto, alors le plus haut bâtiment du monde. Les deux militants avaient déployé une banderole depuis la plateforme d’observation afin d’attirer l’attention sur le changement climatique et de protester contre la décision des gouvernements canadien et américain de ne pas ratifier le protocole de Kyoto de 1997.

Le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, a déclaré mardi à La Presse Canadienne qu’il avait un «immense» respect pour M. Guilbeault et son travail. 

«Notre dialogue sur l’environnement se poursuivra», a-t-il avancé.

M. Guilbeault a rejoint le cabinet de l’ancien premier ministre Justin Trudeau en tant que ministre du Patrimoine. Deux ans plus tard, il a pris la tête du portefeuille de l’Environnement.

Il a dirigé la participation du Canada à la conférence des Nations unies sur le changement climatique, la COP29, en 2021, et a piloté à la fois le plan de réduction des émissions pour 2030 et l’élaboration d’une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique et d’un plan de conservation de la nature.

M. Guilbeault a été l’un des premiers membres du cabinet de M. Trudeau à soutenir publiquement la candidature de M. Carney à la direction du Parti libéral.

Il a souligné à l’époque qu’il travaillait avec M. Carney à l’élaboration de son plan climatique. Il a également pris ses distances par rapport à ses années de militantisme lorsqu’il a déclaré aux journalistes que, même s’il estimait que la taxe du carbone pour les consommateurs était «l’un des meilleurs outils dont nous disposons pour lutter contre le changement climatique, ce n’est pas le seul».