Dossier santé numérique: Santé Québec donne le feu vert, Fréchette veut des garanties

La Presse Canadienne | 23 avril 2026 | 18:50
La première ministre Christine Fréchette, à droite, fait une annonce en compagnie de la ministre de la Santé, Sonia Bélanger, à Montréal le jeudi 23 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov

Santé Québec a approuvé jeudi en fin de journée le lancement le 9 mai des deux projets pilotes du controversé Dossier santé numérique (DSN) à Montréal et en Mauricie, alors que la première ministre Christine Fréchette a affirmé le jour même qu’elle est prête à le stopper si elle n’obtient pas les garanties requises. 

Au cours des dernières semaines, de nombreux professionnels ainsi que les partis d’opposition ont soulevé des inquiétudes et des risques concernant le DSN, cet ambitieux virage numérique du réseau géré par l’agence Santé Québec qui pourrait coûter jusqu’à 3 milliards $.

Jeudi soir, Santé Québec a publié un communiqué pour indiquer que son conseil d’administration avait officiellement approuvé le déploiement le 9 mai.  

«Cette décision marque une étape déterminante dans la mise en œuvre rigoureuse et structurée de ce projet majeur de transformation numérique», peut-on lire. 

La veille, l’agence avait assuré qu’elle était «prête» et qu’il n’y avait «aucun intérêt» à changer la date du 9 mai.

Le gouvernement se réserve encore néanmoins un droit de veto, comme l’a laissé entendre jeudi après-midi la première ministre, mais aussi la ministre de la Santé, Sonia Bélanger.

«Ça chemine très très bien», a déclaré Mme Fréchette, en conférence de presse à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal.  

«Si les garanties ne sont pas rencontrées, on ne va pas lancer le projet», a-t-elle toutefois précisé, en se montrant optimiste de pouvoir les obtenir dans les prochains jours.  

«On est aligné sur la date du 9 mai», a affirmé Mme Bélanger.

Elle a ajouté qu’elle exigeait notamment une «recommandation formelle» à la fois du comité de vigie, de la présidente de Santé Québec ainsi que du conseil d’administration de l’organisme. C’est cette recommandation du conseil d’administration qui a été signifiée par voie de communiqué jeudi en fin de journée.  

«Je vais m’assurer que les indicateurs soient au vert avant de donner le go», a assuré la ministre. 

C’est le gouvernement lui-même qui avait décidé de l’entrée en fonction progressive du DSN d’abord avec des «projets vitrines», à titre expérimental, pour éviter des ratés.

Les CIUSSS Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et Nord-de-l’Île-de-Montréal ont déjà prévu des réductions des activités cliniques pouvant aller jusqu’a 50 % en vue d’assurer une «transition sécuritaire», pour reprendre les mots de la présidente du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, Adelaide De Melo.

On assure toutefois que les activités urgentes ou «importantes», comme l’oncologie et l’urgence, ne subiront pas de baisse.

Depuis le scandale SAAQclic, le virage numérique de la Société d’assurance automobile qui coûtera plus de 1 milliard $ au total, le gouvernement caquiste marche sur des oeufs concernant la gestion de ses chantiers numériques et veut se montrer précautionneux. 

Or le DSN est un projet de numérisation beaucoup plus ambitieux qui devrait coûter entre 1,5 et 3 milliards $. 

En avril, le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, Gilles Bélanger, avait laissé entendre que le DSN se dirigeait vers un «déraillement évident», jusqu’à ce qu’il se fasse dégommer au remaniement effectué par Mme Fréchette mardi et qu’il claque la porte mercredi au nom de ses «principes et valeurs». 

Il s’inquiétait notamment de la «protection souveraine des données», compte tenu notamment du fait que la solution retenue provient de l’entreprise américaine Epic. 

Mercredi, Santé Québec a tenu à se montrer rassurante en indiquant que les données seront hébergées à Montréal et à Toronto, qu’il y aurait une «traçabilité complète», qu’elles seront protégées et chiffrées en tout temps, et que personne ne pourrait utiliser les données sans l’autorisation de l’agence.

Mais un chercheur et anesthésiologiste cité par le Journal de Québec a soutenu qu’il s’agissait de déclarations «trompeuses» puisqu’«en droit américain, la juridiction suit la propriété de l’entreprise, pas l’emplacement du serveur».

Le DSN est une solution qui vise à fusionner pas moins de 400 systèmes informatiques différents dans le réseau.  

Il s’agit grosso modo d’un système qui permet aux professionnels du réseau de consulter et de mettre à jour le dossier médical numérique d’un patient avec toutes ses données en temps réel, à partir de sa prise en charge. 

Santé Québec a rappelé que la solution retenue avait été éprouvée.  

Elle est déjà en service dans 16 pays, elle s’étend à 2800 hôpitaux, 125 000 lits, 70 000 cliniques, 580 000 médecins, avec au total 317 millions d’usagers.