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Québec lance une stratégie pour s’attaquer à la hausse des signalements à la DPJ
Lesley Hill, directrice nationale de la protection de la jeunesse, s'exprime lors d'une conférence de presse, le jeudi 31 octobre 2024, à l'Assemblée nationale à Québec. (LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot) Dans le but de s’attaquer au nombre croissant de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) dans un contexte où les services de première ligne sont saturés, le gouvernement Legault lance une nouvelle stratégie pour le bien-être des enfants, intitulée «Grandir en confiance».
Québec prévoit une enveloppe de 34 millions $ sur trois ans pour sa nouvelle stratégie. Cette mesure était d’ailleurs une recommandation de la commission Laurent, qui s’est penchée sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.
Dans un communiqué diffusé mercredi, le cabinet de la ministre de la Santé a indiqué qu’en 20 ans, le nombre de signalements à la DPJ a augmenté de 110 %, tandis que «les services de première ligne sont toujours très sollicités».
On souligne également que chaque année «un nombre croissant de familles font appel aux services publics pour faire face à des défis comme la pauvreté, l’insécurité alimentaire ou des difficultés psychosociales». La stratégie vise à miser sur la prévention pour répondre à ces enjeux.
Sonia Dugal, directrice générale Santé et bien-être des jeunes à Santé Québec, confirme que l’objectif est de travailler davantage en amont des signalements à la DPJ. «On mise sur le fait que si on travaille avec les parents et les enfants, avant que la problématique soit trop cristallisée ou bien ancrée, on va désengorger tout le système», dit-elle en entrevue.
La DPJ ne devrait pas être la porte d’entrée pour les familles, précise-t-elle. «Si on est capable de faire le virage souhaité, de mettre l’intensité requise en première ligne, au CLSC, [au programme] Jeunes en difficulté, où il y a beaucoup de services que les directions de santé publique offrent, […] si on était capable de rehausser là, les jeunes vont aller chercher leurs services là et […] il devrait y en avoir pas mal moins qui se rendent aux services de la DPJ. C’est le pari qui est lancé.»
Des cibles pour toute la trajectoire jeunesse
La stratégie est composée de six grandes orientations, dont renforcer les services de prévention et de première ligne ainsi que d’adapter les services pour les enfants des Premières Nations et Inuit. On veut aussi que la protection de la jeunesse intervienne dans les situations où elle est réellement nécessaire.
Trois plans de mise en œuvre seront élaborés d’ici 2035 et les initiatives prévues seront détaillées dans chacun d’eux. Le premier plan se poursuit jusqu’en 2029. Parmi les recommandations qu’on y retrouve, il y a d’améliorer l’accès aux services en CLSC et d’offrir un «programme d’intervention en négligence aux parents en amont et en aval de la protection de la jeunesse».
Mme Dugal a fait savoir qu’il y aurait beaucoup de formations et d’outils qui seront déployés dans les prochains mois. Il y a par exemple le programme Être parent qui prendra la forme de formations de groupe offertes aux parents, qui est présentement en préparation.
Les cibles à atteindre n’ont pas encore été toutes identifiées, mais à terme, il y aura des cibles pour l’ensemble des 40 mesures du plan de mise en œuvre, a indiqué Mme Dugal. «Si on a une cible juste en DPJ, si on ne travaille pas et on n’identifie pas des cibles sur les différents programmes de promotion et de prévention en première ligne, on n’atteindra pas la cible ultime d’améliorer la santé de bien-être des jeunes ou de diminuer le nombre de signalements retenus», ajoute-t-elle.
Plusieurs partenaires mettront l’épaule à la roue pour arriver à des résultats, notamment les écoles, les organismes communautaires, les services de garde éducatifs à l’enfance et les municipalités. «La responsabilité de protéger les enfants ainsi que les jeunes vulnérables dépasse le simple cadre du réseau de la santé et des services sociaux. C’est pourquoi je salue l’étroite collaboration de tous les partenaires qui se joignent à nous pour relever ces défis», a commenté par voie de communiqué la ministre de la Santé, Sonia Bélanger.
La directrice nationale de la protection de la jeunesse, Lesley Hill, a souligné par écrit que «cette stratégie vient consolider les mesures mises en place ces dernières années, à la suite des recommandations de la commission Laurent, et inscrit ces actions dans une vision d’avenir cohérente pour le bien-être de nos enfants.»
Les familles d’accueil déçues
La Fédération des familles d’accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ) a déploré le manque de mesures concrètes pour aider les 3700 familles d’accueil qu’elle représente, lesquelles accueillent 6000 enfants à travers le Québec.
«Nous ne pouvons pas applaudir des orientations sans qu’elles se traduisent par des actions concrètes pour les familles d’accueil. On nous dit que nous sommes des partenaires essentiels pour le bien-être des enfants — nous le sommes. Alors traitons-nous comme tels», a fait valoir dans un communiqué Mélanie Gagnon, présidente provinciale de la FFARIQ.
Selon la fédération, lorsqu’un membre de la famille — parfois quelqu’un que l’enfant a à peine côtoyé dans sa vie — accepte de l’accueillir, «l’État leur confie cette responsabilité sans ressources ni accompagnement adéquat».
«Nous demandons au gouvernement des mesures réelles pour recruter, soutenir et valoriser les familles d’accueil, ainsi qu’un engagement ferme envers les jeunes qui quittent nos foyers à 18 ans sans filet de sécurité», plaide Mme Gagnon.