La Banque du Canada réexamine son cadre de lutte contre l’inflation face aux chocs

La Presse Canadienne | 26 mars 2026 | 16:30
Bank of Canada Senior Deputy Governor Carolyn Rogers is seen during a news conference in Ottawa, Wednesday, March 18, 2026. THE CANADIAN PRESS/Adrian Wyld

Une haute responsable de la Banque du Canada indique que la banque centrale réexamine sa façon d’aborder et de communiquer sur l’inflation, alors qu’elle se prépare à revoir son mandat quinquennal plus tard cette année.

Carolyn Rogers, première sous-gouverneure de la Banque du Canada, se trouve jeudi à Brandon, au Manitoba, où elle s’adresse à un public de personnes d’affaires pour expliquer comment la banque centrale fait face à une série de chocs économiques survenus ces dernières années.

«Les Canadiennes et Canadiens ont subi beaucoup de bouleversements économiques au cours des cinq dernières années, et les cinq prochaines ne seront peut-être pas vraiment plus calmes», affirme Mme Rogers dans un discours préparé.

Elle mentionne que la flambée des prix du pétrole liée à la guerre en Iran pèse sur les consommateurs et les entreprises, mais qu’il est encore trop tôt pour dire quelles seront les répercussions du conflit sur la croissance et l’inflation au Canada.

La Banque du Canada a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25 % pour la troisième fois consécutive la semaine dernière. Les responsables ont indiqué à ce moment-là qu’ils ne tiendraient pas compte d’une hausse à court terme de l’inflation due à l’envolée des coûts de l’énergie, mais qu’ils agiraient si nécessaire pour s’assurer que les pressions sur les prix liées au conflit autour de l’Iran ne s’ancrent pas.

Les marchés financiers ont évolué en fin de semaine dernière pour privilégier des hausses de taux de la Banque du Canada et d’autres banques centrales plus tard dans l’année, dans un contexte d’incertitude au Moyen-Orient, bien que de nombreux économistes estiment que la lente reprise de l’économie canadienne ne justifie pas une hausse des taux pour l’instant.

Une inflation persistante sous-estimée

Dans son discours, Mme Rogers reconnaît que la Banque du Canada a sous-estimé la persistance de l’inflation après la pandémie de COVID-19. La banque centrale s’est habituée à des décennies d’inflation faible et stable, et ses modèles ont sous-estimé l’ampleur du choc d’offre sur les prix, explique-t-elle.

La sous-gouverneure réaffirme la confiance de la banque dans son objectif d’inflation de 2 %, arguant que ce point d’ancrage a prouvé sa valeur en contribuant à modérer les attentes des consommateurs face à la flambée des prix postpandémique.

Mme Rogers indique qu’outre le choc récent lié à la guerre en Iran, l’économie est désormais confrontée à des changements structurels liés au protectionnisme américain, au ralentissement de la croissance démographique et à l’essor de l’intelligence artificielle.

La banque centrale s’attend à «un contexte d’inflation plus variable à l’avenir», compte tenu de ces changements structurels.

La population consultée

Alors que la Banque du Canada se prépare au renouvellement de son entente quinquennale par le gouvernement fédéral plus tard cette année, Mme Rogers précise que la banque avait consulté les Canadiens et a entendu que les changements rapides du taux directeur ces dernières années ont été déconcertants.

«Les Canadiennes et Canadiens nous ont dit que la stabilité de l’inflation, mais aussi des taux d’intérêt, leur importe. Ce n’est pas étonnant, bien sûr, mais ces rencontres constituent d’excellents rappels pour nous», ajoute-t-elle.

Mme Rogers dit que la Banque du Canada veut s’assurer qu’elle s’efforce de mieux cerner l’évolution des pressions sur les prix.

L’inflation annuelle a ralenti à 1,8 % en février, bien que la Banque du Canada et de nombreux autres économistes s’attendent à ce que ce chiffre global augmente dans les mois à venir en raison de la hausse des prix de l’essence.

Selon Mme Rogers, la Banque du Canada redouble d’efforts pour détecter les chocs d’offre et utilise davantage de données en temps réel pour orienter ses décisions, plutôt que d’attendre que ces impacts apparaissent dans les rapports économiques traditionnels.

Un éventail d’indicateurs

Le tableau de l’inflation a été brouillé ces derniers mois, en partie à cause des modifications fiscales apportées par le gouvernement fédéral qui faussent les comparaisons annuelles.

Mme Rogers explique que, pour faire abstraction de ces perturbations, la banque a élargi l’éventail des indicateurs utilisés pour évaluer l’inflation sous-jacente, mais elle reconnaît que cela a parfois «semé la confusion ou donné l’impression que nous changions les règles du jeu».

«Nous réfléchissons donc à ce que nous avons appris et à la façon dont nous pouvons améliorer nos communications afin de mieux aiguiller les attentes», avance-t-elle.

Le rôle dans le logement

Mme Rogers revient également, lors de son discours, sur le rôle de la Banque du Canada en matière d’abordabilité des logements.

Bien qu’une période de faibles coûts d’emprunt puisse coïncider avec une hausse rapide des prix de l’immobilier, et que les hausses de taux puissent, à l’inverse, faire grimper les coûts hypothécaires, elle précise que la Banque du Canada ne cible pas spécifiquement les prix de l’immobilier et que ses moyens d’action pour améliorer de manière significative l’abordabilité des logements pour les Canadiens sont limités.

La banque centrale réexamine actuellement la manière dont elle mesure l’inflation des logements et s’efforce également de mieux expliquer l’interaction entre la politique monétaire et les déséquilibres du marché immobilier, selon Mme Rogers.