Les érablières se tournent vers l’automatisation pour répondre à la demande

La Presse Canadienne | 22 mars 2026 | 05:00
Un homme surveille la filtration du sirop d'érable à l'Érablière Côté et Fils in Roxton Pond, le 9 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi

Le secteur québécois des érablières mise sur de meilleures techniques et sur l’arrivée de centaines de nouveaux producteurs pour répondre à la demande croissante en sirop d’érable.

Joël Vaudeville, directeur des communications corporatives des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), mentionne que le sirop d’érable est une activité économique majeure au Québec. La province exporte annuellement pour environ 800 millions $ de produits d’étable.

Il dit que la demande internationale a augmenté de 19 % au cours de l’année dernière, obligeant la province à puiser dans sa réserve stratégique, qui stocke le sirop lorsque la production dépasse la demande et le vend lorsque c’est l’inverse qui se produit.

«Le plus grand défi est de pouvoir répondre à la demande pour ces produits», reconnaît-il.

L’année dernière, l’association a autorisé sept millions de nouvelles entailles — chaque arbre en compte entre une et trois — qui devraient produire 20 millions de livres supplémentaires de sirop d’ici 2028. Plus de 600 nouvelles entreprises d’érable, qui ont également vu le jour ces derniers mois, pourraient démarrer leur activité d’ici les trois prochaines années.

Émilie Blondeau est l’une des nouvelles productrices de la province, ayant fondé l’Érablière ShackHam en 2024. La jeune femme de 28 ans, dont l’entreprise compte environ 10 000 entailles en Estrie, dit s’être lancée dans cette activité pour des raisons à la fois pratiques et sentimentales. 

Elle explique que le système de commercialisation collective mis en place par la PPAP, qui fixe un prix plancher pour le sirop et permet d’équilibrer la demande grâce à la réserve, offre une prévisibilité rare dans le secteur agricole.

«C’est très important pour le financement d’avoir un produit qui est déjà vendu.»

Mme Blondeau, économiste agricole de formation, ajoute qu’elle était également attirée par l’aspect patrimonial de la production d’érable et par sa tradition d’entreprises familiales. Sa mère est copropriétaire, et ses très jeunes enfants «vivent dans les bois avec nous». 

«C’est extrêmement fédérateur», constate-t-elle.

Alors que Mme Blondeau a choisi d’acheter tout l’équipement nécessaire pour produire du sirop de A à Z, d’autres peuvent choisir de louer leurs terres et leurs entailles ou de vendre leur sirop à d’autres producteurs plus importants.

Certaines entreprises acéricoles déjà bien établies, comme l’Érablière Côté et Fils, à Roxton Pond, en Estrie, se sont tournées vers les moyens techniques pour accroître la production.

Mikael Ruest, un employé, explique que l’entreprise a installé des tuyaux souterrains, ajouté des caméras et connecté ses installations à Internet pour contrôler les chalumeaux et ses stations de pompage. Elle a acheté trois nouveaux évaporateurs électriques.

C’est la version 2.0 d’une bonne vieille cabane à sucre, mais cela reste une entreprise familiale au sein de laquelle trois générations de la famille Côté travaillent ensemble.

M. Ruest mentionne que l’entreprise comptait environ 42 000 entailles lorsqu’elle a été rachetée en 2007 par Michel Côté. Aujourd’hui, alors que le propriétaire s’apprête à la transmettre à ses enfants, et peut-être un jour à ses petits-enfants, elle en exploite environ 150 000.

Parmi celles-ci, 85 000 appartiennent à l’entreprise, tandis que le reste provient de terrains loués ou de sève achetée. M. Ruest explique que l’entreprise sert également de centre d’ébullition pour les nouveaux producteurs qui souhaitent fabriquer leur propre sirop, mais ne disposent pas de tout l’équipement nécessaire. 

«Nous sommes à une époque où de nombreux nouveaux producteurs souhaitent investir dans la forêt pour installer un système de collecte, mais ne veulent pas nécessairement investir dans une cabane à sucre complète avec tout l’équipement», dit-il. 

M. Vaudeville précise qu’il s’agit d’une pratique relativement nouvelle, qui permet aux nouveaux producteurs de commencer à gagner de l’argent tout en économisant pour s’équiper pleinement. «C’est un modèle qui n’existait pas il y a 10 ou 15 ans», raconte-t-il.

Il fait toutefois valoir que l’ajout de chalumeaux et de producteurs ne garantit pas un approvisionnement régulier en sirop, qui nécessite non seulement de bons arbres, mais aussi de bonnes conditions météorologiques — avec des journées plus chaudes suivies de nuits glaciales. 

Le changement climatique crée davantage d’incertitude pour les producteurs, qui doivent composer avec un début plus précoce de la saison du sirop et une prévisibilité moindre d’une année à l’autre. Mais cela pourrait aussi potentiellement accroître cette part de marché, car certaines régions des États-Unis qui produisaient autrefois du sirop deviennent trop chaudes, explique M. Vaudeville.

Il rappelle que le Québec produit environ 72 % du sirop mondial, ce qui lui assure une part de marché dominante. Bien que le sirop soit un produit dépendant des exportations, avec 85 % destiné aux marchés étrangers, dont 63 % vers le sud de la frontière, M. Vaudeville indique que, jusqu’à présent, le secteur n’a pas été affecté par les droits de douane américains.

Il ajoute qu’il est trop tôt pour savoir si la saison 2026 sera bonne, même si les conditions météorologiques semblent prometteuses pour l’instant. «Une seule personne le sait, et c’est Dame Nature.»