Québec annonce que les proches aidants pourront désormais être rémunérés

La Presse Canadienne | 29 janvier 2026 | 16:23
La ministre québécoise responsable des Aînés, Sonia Bélanger, se lève pendant la période de questions à l'Assemblée nationale à Québec, le mardi 28 janvier 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Karoline Boucher

Québec lance officiellement sa Politique nationale de soutien à domicile (PSAD) dans laquelle il investira 107,2 millions $. On apprend notamment que les proches aidants pourront être rémunérés. 

La ministre de la Santé et ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Sonia Bélanger, en a fait l’annonce jeudi matin à Pierrefonds. 

Le chèque emploi-service est renommé allocation autonomie à domicile. En le modernisant, Québec fait en sorte que les personnes proches aidantes pourront être rémunérées et reconnues. Le budget accordé à cette allocation est par ailleurs bonifié de 1,1 million $ dès maintenant et un financement supplémentaire de 22,2 millions $ est prévu l’an prochain.

Pour avoir droit à l’allocation, la personne qui doit recevoir les services doit d’abord être évaluée afin d’identifier ses besoins. Cela va permettre de déterminer le financement qui lui sera offert et dont le proche aidant pourrait bénéficier. 

Mme Bélanger a expliqué comment cela allait fonctionner. «Ce qu’on fait actuellement, c’est qu’on va élargir cette allocation pour que les proches aidants qui répondent aux critères, qui répondent à l’ensemble du programme existant, qu’ils puissent eux-mêmes bénéficier de cette allocation, ce qui n’est pas le cas actuellement. Et donc, les proches pourront être rémunérés dans certaines circonstances», a-t-elle précisé, ajoutant qu’un plan détaillé sera éventuellement présenté. 

Les personnes proches aidantes pourront par exemple être rémunérées pour donner des soins d’hygiène, aider à l’alimentation ou prodiguer quelques soins qui sont permis dans le cadre légal, comme l’administration de médicaments.

«Dans les prochains jours, un plan de communication très solide sera produit, a assuré Mme Bélanger. Naturellement, les personnes qui sont déjà dans le programme chèque emploi-service, qui s’appelle maintenant allocation autonomie à domicile, vont être les premiers informés des nouvelles modalités.»

Les personnes proches aidantes seront rémunérées 21 $ de l’heure.

«L’un des défis que les personnes qui utilisent le chèque emploi-service rencontrent en ce moment, c’est de trouver des gens pour leur offrir des services, reconnaît la ministre de la Santé. C’est d’ailleurs pour ça que nous augmentons le salaire horaire qui est offert aux travailleurs du chèque emploi-service, qui va passer de 20 $ à 21$ de l’heure. Les proches aidants, dans certaines situations et après évaluation, pourront être reconnus comme prestataires de services à l’allocation d’autonomie à domicile au même titre que d’autres travailleurs.

«C’est une avancée importante, c’est un changement majeur et une marque de reconnaissance envers les personnes proches aidantes», a soutenu Mme Bélanger. 

Transformer les CLSC

Intitulée «Mieux chez soi», la politique nationale de soutien à domicile vise à améliorer les services de soutien à domicile afin que les aînés vivent le plus longtemps possible à leur domicile.

Pour y arriver, Québec veut assurer une meilleure coordination des centres locaux de services communautaires (CLSC) avec le travail des organismes communautaires. 

«Nous souhaitons que les CLSC redeviennent une véritable porte d’entrée pour tous les citoyens», a déclaré Mme Bélanger. Ces établissements auront un rôle élargi, notamment d’accueillir la personne et son proche aidant et de les orienter vers les bons services.

La politique nationale en soutien à domicile prévoit également d’accroître l’accessibilité des services d’aide domestique pour répondre aux besoins croissants. Le gouvernement rehaussera l’enveloppe du Programme d’exonération financière en aide domestique (PEFSAD), qui sera de 21,3 millions $ en 2025-2026, puis 39,3 millions $ en 2026-2027.

Les entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD) sont par ailleurs appelées à jouer un rôle important alors que Québec veut élargir leurs offres de services, notamment avec l’ajout de services d’assistance personnelle. Trois projets vitrines portés par les EÉSAD sont déjà en cours pour ces types de service, l’objectif étant de les déployer à plus large échelle au courant de la prochaine année. 

«La mise en œuvre de cette politique représente une occasion majeure de renforcer le soutien à domicile partout au Québec. Le réseau de coopération des EÉSAD et ses membres offriront leur pleine coopération à Mme Bélanger afin que cette politique devienne un véritable levier de transformation au bénéfice des personnes, des proches aidants et au bénéfice de toutes les communautés», a commenté en point de presse Benoit Caron, directeur général des EÉSAD. 

Réactions positives 

La proche aidance a plusieurs visages, notamment un parent qui s’occupe d’un enfant malade, un proche qui accompagne une personne handicapée ou l’entourage qui aide une personne âgée en perte d’autonomie. 

La Fédération québécoise des Sociétés Alzheimer (FQSA) a salué jeudi la nouvelle politique en soutien à domicile. «La reconnaissance accrue du rôle des personnes proches aidantes, combinée à l’annonce d’une future allocation d’autonomie à domicile, envoie un signal important quant à la nécessité de mieux soutenir celles et ceux qui assument, souvent au quotidien, une part essentielle des soins et de l’accompagnement», indique dans un communiqué la FQSA. 

Elle accueille également favorablement la mise en place de projets vitrines en collaboration avec les EÉSAD, entre autres pour offrir des services de répit et d’assistance personnelle, ce qui permettra des services mieux adaptés à la réalité des personnes vivant avec un trouble neurocognitif.

«Les annonces faites aujourd’hui vont dans la bonne direction, mais leur succès dépendra de leur capacité à offrir un soutien réel, accessible et équitable, incluant du répit et des services continus dans toutes les régions du Québec», a fait valoir dans une déclaration écrite Sylvie Grenier, directrice générale de la FQSA. 

L’Association des soins à domicile du Québec (ASDQ) applaudit également l’annonce de Mme Bélanger. Il s’agit d’un pas dans la bonne direction, dit-elle, pour répondre aux besoins croissants de la population. 

L’association rappelle cependant que des dizaines de milliers de Québécois sont toujours en attente de services essentiels à domicile. «Les entreprises privées spécialisées contribuent déjà concrètement au soutien des patients, des proches aidants et du réseau de la santé. Chaque semaine, des personnes vulnérables demeurent hospitalisées inutilement ou privées de soins à domicile par manque d’accès aux services, malgré l’existence de solutions efficaces déjà déployées sur le terrain», mentionne le communiqué de l’ASDQ. 

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