Articles récents
Articles récents
Ottawa va prolonger les permis de travailleurs temporaires pour un maximum d’un an
Image d'illustration par Depositphotos Ottawa répond à une demande de Québec et va permettre aux travailleurs étrangers temporaires de conserver leur permis de travail pour un maximum de 12 mois supplémentaires. Du même souffle, le fédéral affirme que la province devra éventuellement se sevrer de la main-d’œuvre temporaire.
«Cette prolongation maximale de 12 mois accordée aux travailleurs en voie d’être sélectionnés par le Québec va leur permettre de continuer à soutenir leur employeur pendant l’évaluation de leur admissibilité aux certificats de sélection du Québec. Ce qui en retour va faciliter leur passage vers la résidence permanente. Le gouvernement du Québec déterminera les secteurs et les travailleurs qu’il souhaite prioriser», a expliqué le ministre fédéral et lieutenant du Québec, Joël Lightbound, lors de l’annonce vendredi à Saint-Alban.
Cette mesure s’applique seulement aux personnes qui ont soumis une Demande de sélection permanente (DSP).
«Ce qu’on a entendu, c’est que pour beaucoup d’entreprises, particulièrement dans nos régions, c’est qu’elles ont besoin de main-d’œuvre, elles ont besoin de travailleurs étrangers temporaires, et elles ont aussi besoin de temps pour s’ajuster. On l’a entendu également du gouvernement du Québec, qui nous a demandé plus de temps», a affirmé Joël Lightbound.
«Ce qu’on a entendu aussi, et on est tous d’accord là-dessus, c’est que l’immigration temporaire ne peut pas être et ne doit pas être une solution durable aux enjeux de main-d’œuvre pour le Québec et pour le Canada. Il doit y avoir un pont pour passer du temporaire au permanent», a-t-il ajouté.
Le ministre a ajouté que 58 % des travailleurs étrangers temporaires du Canada sont au Québec.
PEQ et PSTQ
Rappelons que le ministre québécois de l’Immigration, Jean-François Roberge, a mis fin au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en novembre dernier. Ce programme était considéré comme une voie rapide pour devenir permanent.
Depuis, les travailleurs étrangers doivent passer par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) pour obtenir leur résidence permanente.
Or, cette décision du gouvernement a provoqué la grogne un peu partout au Québec. Des travailleurs étrangers temporaires craignent d’être renvoyés chez eux avant que leur demande ne soit traitée dans le PSTQ.
En 2024, Ottawa a imposé une limite de 10 % au nombre de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire qu’une entreprise peut embaucher. Résultat: plusieurs d’entre elles craignent de manquer de main-d’œuvre.
Or, le fédéral a aussi annoncé vendredi que ce pourcentage va passer à 15 % du 1er avril 2026 au 31 mars 2027.
On affirme que cette mesure va «répondre aux besoins du marché du travail rural dans les provinces et les territoires qui choisissent d’y participer».
Réaction tiède du ministre Roberge
La réaction du ministre Roberge à cette annonce a été mi-figue mi-raisin.
Il a tout d’abord affirmé que «toute mesure qui permet le renouvellement de permis de travail des travailleurs étrangers temporaires déjà sur le territoire est une bonne chose et mérite d’être soulignée».
Pour ensuite ajouter: «Par contre, force est de constater que ces mesures, positives en apparence, ne répondront qu’en partie à l’incertitude engendrée par les restrictions toujours imposées par le fédéral.»
«Ce que le gouvernement du Québec demande, c’est qu’Ottawa renouvelle les permis de travail de tous les travailleurs étrangers temporaires sur le territoire québécois, en dehors de Montréal et Laval. Or, ce n’est pas ce qui est sur la table. Plusieurs questions subsistent. Au gouvernement fédéral d’y répondre», a indiqué Jean-François Roberge sur le réseau social X.
«Ottawa tente de corriger le tir»
Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a salué la décision d’Ottawa et en a profité pour envoyer une flèche au gouvernement.
«Maintenant, Québec doit faire sa part. L’improvisation de la CAQ en immigration crée de l’incertitude et complique la rétention des talents dont notre économie a besoin», a-t-il écrit sur X.
Selon le Parti québécois, «Ottawa tente de corriger le tir en réduisant les seuils de façon improvisée, et sans discernement» après avoir «ouvert les vannes» pendant des années.
«Ce n’est qu’au pied du mur que le gouvernement fédéral se résout à répondre à certaines demandes du Québec, qui est toujours en position de faiblesse. C’est un autre rappel que le Québec devrait détenir tous les pouvoirs en immigration», a affirmé le député Alex Boissonneault.
«C’est une bouffée d’air pour certains travailleurs et travailleuses qui ont été abandonnés par la CAQ, mais c’est loin d’être ce qui va régler l’incertitude créée par ce gouvernement par l’abandon du PEQ. Ce qui est demandé, c’est le retour du PEQ avec une clause de droits acquis, et ce, sans délai. Le ministre Roberge doit arrêter de faire perdre du temps à tout le monde», a pour sa part réagi le solidaire Guillaume Cliche-Rivard.
«Nœud du problème»
Le Conseil du patronat du Québec affirme que l’annonce d’Ottawa est un pas dans la bonne direction, mais estime qu’elle demeure insuffisante.
«Si la mesure reconnaît l’importance de permettre aux travailleurs déjà intégrés au marché du travail de poursuivre leurs activités pendant le traitement de leur dossier, elle demeure limitée pour répondre aux besoins des employeurs», a soutenu le vice-président politiques de main-d’œuvre et intelligence économique, Daye Diallo.
La CSN voit positivement la volonté du fédéral de hausser à 15 % la limite de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire, mais affirme que «le nœud du problème demeure».
«Le gouvernement de la CAQ doit accorder le certificat de sélection du Québec à ces travailleurs. En permettant aux employeurs de garder ou de recruter certains travailleurs étrangers de plus (…), ça ne garantit pas qu’ils seront choisis dans le cadre du PSTQ et qu’ils pourront rester», a affirmé sa présidente, Caroline Senneville.