Une nouvelle cartographie met en lumière les violences envers les femmes autochtones depuis 1950

Claude Marquis | 31 mars 2026 | 13:46
Paul-André Perron, Conseiller stratégique du Bureau du coroner, Pierre Simard, Directeur de l’Association des directeurs de police des Premières Nations et Inuit du Québec (ADPPNIQ), Bridget Tolley, membre du comité aviseur de la cartographie FF2E+ADA, Marjolaine Étienne, Présidente de Femmes Autochtones du Québec (FAQ), Laura Rock, Directrice générale par intérim de Femmes Autochtones du Québec (FAQ). (Photo courtoisie)

Femmes Autochtones du Québec (FAQ) a dévoilé, mardi, sa cartographie documentant les femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées (FF2E+ADA) au Québec. Avec ce portrait, qui couvre la période de 1950 à 2026, FAQ veut mettre en évidence « l’ampleur et la persistance » des violences subies par les femmes autochtones sur le territoire.

Cette initiative poursuit trois objectifs principaux : documenter les cas, sensibiliser le public et les décideurs, et honorer la mémoire des femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues ou assassinées en créant un espace de mémoire accessible à tous.

Réalisée en partenariat avec l’Université du Québec en Outaouais (UQO), cette cartographie documente 124 cas de FF2E+ADA au Québec sur cette période, auxquels s’ajoutent des décès suspects ou survenus dans des circonstances « aggravantes. »

Parmi les 124 cas documentés, 96 sont des femmes et des filles assassinées, 14 personnes sont toujours disparues et n’ont jamais été retrouvées, et 14 personnes ont été portées disparues avant d’être retrouvées sans vie. FAQ a également documenté, mais sans les cartographier, près de 100 cas supplémentaires identifiés comme des morts suspectes ou des décès « avec circonstances aggravantes » comme de la violence conjugale ou de la violence institutionnelle.

Au total, ce sont près de 220 parcours de vie qui ont été documentés et honorés dans le cadre de ce projet.

La cartographie révèle, notamment que 75% des disparitions documentées se sont produites hors communauté et sont généralement concentrées dans certaines régions du Québec, dont le Nunavik, Montréal, l’Outaouais, le Nord-du-Québec, la Côte-Nord et la Montérégie.

Les données révèlent également que les meurtres touchent particulièrement les jeunes femmes âgées de 18 à 39 ans. Plus de la moitié des meurtres ont eu lieu au domicile de la victime ou de son partenaire, et une proportion importante des meurtres est liée à la violence conjugale ou familiale.

FAQ sonne l’alarme

Pour FAQ, les données révélées par cette cartographie démontrent « sans équivoque » que la violence envers les femmes, les filles et les personnes bispirituelles autochtones n’est pas une réalité du passé, mais une urgence actuelle, persistante et systémique.

Face à la gravité des constats, FAQ sonne l’alarme et appelle à une mobilisation « immédiate et concertée. »

Pour adresser la situation, FAQ réitère que les institutions, les gouvernements, les services publics et l’ensemble des acteurs concernés doivent « impérativement » centrer les voix et l’expertise des femmes autochtones dans tous les processus décisionnels et opérationnels, pour assurer la sécurité des femmes et des filles autochtones.

Sur cette cartographie, chaque cercle est proportionnel au nombre de cas documenté par endroit. Chaque étiquette correspond à un lieu de décès et les mains noires et rouges représentent des lieux de disparition (rouge = non-retrouvée; noire= retrouvées sans vie). Les couleurs des cercles correspondent aux Nations d’origine des victimes. Chaque encadré correspond au nombre total de cas par région. (Photo courtoisie)